Pourboires dans l’hôtellerie-restauration : une exonération très encadrée

Contenu publié le 24/02/2026 - Partager l'article

Longtemps perçu comme une gratification informelle dans l’hôtellerie-restauration, le pourboire fait depuis 2022 l’objet d’un régime social et fiscal spécifique. Reconduite en 2026, l’exonération des pourboires constitue un levier de rémunération complémentaire, qui permet aux employeurs de valoriser le travail de leurs équipes sans impact sur leurs charges sociales. À condition d’en respecter scrupuleusement les règles ! Que vous soyez hôtelier·ère, restaurateur·rice, gérant·e d’un café ou d’un camping, vous avez la responsabilité de vous soumettre à la réglementation en vigueur pour bien les comptabiliser. Explications.

Le pourboire, une pratique ancienne


Le pourboire est bien plus qu’un simple geste de remerciement. Dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, il symbolise la reconnaissance spontanée laissé librement par le client, en espèces ou par paiement électronique,pour saluer la qualité du service rendu.


À la différence des sommes automatiquement incluses dans l’addition présentée au client, habituellement désignées comme «pourcentage-service», le pourboire demeure à la discrétion de la clientèle. Héritée du XVIe siècle, cette pratique, autrefois associée à l’expression «pour boire à ma santé», connaît aujourd’hui un regain d’intérêt en raison de son caractère fiscalement et socialement avantageux.

Pourboires : quel régime social et fiscal ?


En principe, toute somme perçue en contrepartie ou à l’occasion du travail constitue une rémunération, et donc un revenu imposable. Les pourboires versés aux salariés n’échappent pas à cette règle et sont considérés comme faisant partie de leur salaire(1).


Ils doivent par conséquent être traités fiscalement comme le reste de la rémunération des salariés et suivre le régime de droit commun des salaires :

  • Côté employeurs, les pourboires sont soumis aux cotisations sociales salariales et patronales (CSG/CRDS). Ils doivent être intégrés dans le calcul du prélèvement à la source et apparaître comme tels sur le bulletin de paie.
  • Côté salariés, les pourboires sont assujettis à l’impôt sur le revenu, en fonction de la tranche d’imposition applicable.Soumis au prélèvement à la source, ils doivent être déclarés par le salarié dans sa déclaration d’impôt sur le revenu.

Dans la pratique, les pourboires réglés par carte bancaire ou via un smartphone sont automatiquement inclus dans le chiffre d’affaires de l’établissement et doivent donc, comme les pourboires en espèces, être déclarés.

Une exonération sociale et fiscale née du contexte post-Covid…


Face aux difficultés rencontrées par les secteurs en contact direct avec la clientèle après la crise sanitaire, les organisations patronales ont obtenu en 2022 une mesure inédite promulguée dans la loi de Finances(2) : l’exonération des pourboires «volontaires». Dans les faits, les pourboires versés aux salariés bénéficient depuis cette date, sous conditions, d’une exonération de cotisations et d’impôt sur le revenu.


Initialement temporaire, cette mesure a depuis été reconduite chaque année pour soutenir le pouvoir d’achat des travailleurs dépendant largement des pourboires pour compléter leur revenu, ainsi que les secteurs les plus exposés aux tensions de recrutement, au premier rang desquels figure l’hôtellerie-restauration.

… reconduite en 2026


Ce régime dérogatoire est à nouveau prolongé pour l’année 2026 et jusqu’à fin 2028(3) avec l’adoption définitive de la loi de finances(4). Concrètement, depuis le 1er janvier 2026, les pourboires perçus par les salariés restent exonérés de cotisations sociales salariales et patronales, de CSG-CRDS et d’impôt sur le revenu, dès lors que l’ensemble des conditions légales est respecté.


L’objectif est double. Cette reconduction vise à maintenir le pouvoir d’achat des salariés tout en offrant aux employeurs un levier de d’attractivité à coût maîtrisé.


Il ne s’agit toutefois pas d’une exonération générale et automatique. Le législateur a volontairement conçu un dispositif ciblé, réservé à certains salariés, à certaines rémunérations et à certaines formes de pourboires. Des dispositions qu’il convient de respecter, car elles engagent directement la responsabilité du dirigeant !


En tant qu’hôtelier·ère, restaurateur·rice ou gérant·e d’un café, vous êtes en effet responsable de la conformité des pratiques mises en place dans votre établissement. En cas d’erreur, le risque de redressement, notamment lors d’un contrôle Urssaf, est bien réel. Comprendre les règles applicables au traitement des pourboires n’est donc pas une option.

Exonération sociale et fiscale des pourboires : quelles conditions ?


Directement concerné par le dispositif, le secteur des HCR (Hôtels Cafés Restaurants) n’en bénéficie pas sans contreparties. L’exonération des pourboires repose sur un dispositif très encadré, auquel il convient de se conformer.

Quelles sommes sont concernées par l’exonération ?


Les pourboires exonérés doivent être versés de manière facultative par le client, sans obligation. Seules les sommes remises volontairement par la clientèle à titre de pourboires pour le service sont éligibles(2). Pour que la défiscalisation leur soit appliquée, ces sommes doivent être versées :

  • Soit directement aux salariés (pourboire en espèces) ;
  • Soit à l’employeur, puis reversées par ce dernier au personnel en contact avec la clientèle(5) (notamment pour les pourboires payés par carte bancaire ou via un smartphone).

Les sommes automatiquement incluses dans l’addition présentée au client, les frais de service obligatoires ou les compléments de facturation ne sont pas considérés comme des pourboires et ne peuvent par conséquent pas bénéficier de cette mesure de défiscalisation.

Quels travailleurs peuvent en bénéficier ?


L’exonération d’impôt sur le revenu, de cotisations et de contributions sociales s’applique uniquement aux salariés en contact avec la clientèle, liés par un contrat de travail (y compris les saisonniers et apprentis), dès lors qu’ils respectent le plafond de rémunération. Dans l’hôtellerie-restauration, elle peut ainsi concerner les serveurs et chefs de rang, le personnel d’accueil, les barmans…


Les dirigeants non-salariés, les travailleurs indépendants et les mandataires sociaux sont exclus du dispositif.

Quel plafond de rémunération maximum ne pas dépasser ?


Pour bénéficier de l’exonération d’impôt sur le revenu (côté salariés), de cotisations et de contributions sociales (côté employeurs), le salaire ne doit pas dépasser 1,6 fois le montant du SMIC brut mensuel sur la période considérée.


Ce qui correspond, en 2026, à 2 916 € brut/mois pour un contrat de 35 heures par semaine ou 3 250 € brut/mois pour 39 heures hebdomadaires(6).


Par exemple, pour un serveur à temps plein (35 heures/semaine) percevant un salaire de 2 500 € brut/mois (inférieur à 1,6 SMIC) et recevant 400 € de pourboires, ces derniers sont exonérés de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu. Versé de manière facultative, le pourboire devient ainsi un complément de rémunération, au service de l’attractivité des métiers de cette branche professionnelle.


Attention, ce plafond s’apprécie salaire par salaire, mois par mois ! Tout dépassement, même ponctuel, entraîne la perte de l’exonération pour les pourboires concernés.

Évolution des pratiques : le pourboire à l’ère du digital


La généralisation des paiements électroniques a profondément modifié la gestion des pourboires dans le secteur l’hôtellerie-restauration. Aujourd’hui, la majorité des pourboires transite par des terminaux de paiement : de plus en plus de clients choisissent d’arrondir le montant de leur note par carte bancaire ou via leur smartphone,ou d’y ajouter un supplément, en signe de remerciement pour la qualité de l’accueil ou du service.


Facilitant le geste de remerciement, cette transformation digitale du pourboire impose toutefois une gestion rigoureuse et tracée. Les pourboires encaissés par carte doivent être clairement identifiés, comptabilisés et redistribués selon des règles précises. Même exonérés, ils doivent apparaître sur le bulletin de paie, afin d’en garantir la transparence vis-à-vis du salarié et de l’administration.

Traçabilité et obligations déclaratives : comment déclarer les pourboires ?


L’administration sociale et fiscale insiste sur la traçabilité des flux et sur la nécessité d’une gestion transparente et équitable des pourboires, en particulier lorsqu’ils sont mutualisés ou redistribués collectivement.

Tenir un registre de répartition


Qu’ils soient versés en espèces ou par carte bancaire, lorsque les pourboires sont centralisés par l’employeur et redistribués au personnel bénéficiaire, la tenue d’un registre de répartition est obligatoire. La plupart des logiciels de caisse permettent :

  • de recueillir des pourboires auprès de la clientèle ;
  • d’assurer la répartition au salariés concernés, selon des règles objectives, connues de tous et formalisées.

Si les pourboires sont perçus directement par le personnel, l’employeur doit procéder à une évaluation du montant des pourboires et l’intégrer comme recette reconstituée dans la base de calcul de la TVA.

Déclarer les pourboires en DSN


Même lorsqu’ils entrent dans le champ d’application de l’exonération, les pourboires versés doivent être déclarés en ligne tous les mois dans la DSN (Déclaration Sociale Nominative) et mentionnés sur le bulletin de paie, en distinguant clairement les sommes exonérées des autres éléments de rémunération.


En effet, ces montants sont intégrés au revenu fiscal de référence, utilisé notamment pour le calcul des aides sociales ou des impôts locaux.


Pour les salariés bénéficiaires, les sommes perçues doivent être reportées dans les cases 1PB et 1PC de la déclaration 2042, intitulées « Pourboires non fiscalisés ». Cette étape garantit la transparence du dispositif et son alignement avec les obligations fiscales en vigueur.


Dans tous les cas, vous devez être en mesure de produire l’ensemble des justificatifs nécessaires, afin de pouvoir répondre à toute demande de vérification en cas de contrôle de l’Urssaf. Cette traçabilité est indispensable : elle élimine le risque de perte ou de vols liés à l’argent liquide. À défaut, l’administration peut remettre en cause l’exonération et requalifier les sommes en salaire.

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Que se passe-t-il en cas de non-respect des règles ?


Automatique dès lors que toutes les conditions sont réunies, cette exonération peut être remise en cause à tout moment en cas de non-conformité avec le dispositif législatif ou de mauvaise qualification de la situation.


C’est notamment le cas lorsque :

  • le salarié dépasse le plafond de rémunération autorisé ;
  • les pourboires sont versés à des travailleurs non éligibles, comme par exemple les cuisiniers, qui ne sont pas en contact direct avec la clientèle ;
  • les sommes perçues ne proviennent pas directement de la clientèle ;
  • les règles de traçabilité ne sont pas respectées.

Dans ces situations, l’administration fiscale considère que le pourboire constitue un complément de salaire déguisé. Le pourboire perd alors son caractère exonéré et devient un élément de rémunération classique pleinement imposable, avec toutes les conséquences que cela implique :

  • Une régularisation fiscale pour le salarié ;
  • Un redressement pour l’employeur, avec des rappels de cotisations, des pénalités et des majorations, parfois plusieurs années après les faits.

Essentielle, la juste appréciation de chaque situation impose une vigilance constante, d’autant que les contrôles Urssaf se multiplient, notamment dans les établissements ayant généralisé les pourboires dématérialisés.

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Pourboires : un levier d’attractivité supplémentaire pour votre activité


Longtemps considéré comme une gratification informelle, le pourboire a su évoluer avec les pratiques et les enjeux. Dans un secteur sous tension, confronté aux pénuries de main d’œuvre et à un turnover important, il devient aujourd’hui un levier d’attractivité permettant de motiver et fidéliser vos équipes, à moindres coûts.


En intégrant ce complément de revenus, désormais traçable et exonéré,vous pouvez, en tant que gérant·e d’un hôtel, d’un café ou d’un restaurant, offrir à vos salariés une rémunération plus attractive et contribuer directement à l’amélioration de leur pouvoir d’achat. Cette reconnaissance salariale constitue, au même titre que les avantages en nature, les gratifications et les primes, un élément du salaire à part entière, dont vous auriez tort de vous priver !

Les atouts des assurances collectives


La valorisation de vos équipes ne repose pas uniquement sur les pourboires. Les assurances collectives constituent, elles aussi, un puissant levier pour renforcer l’attractivité de votre établissement et fidéliser vos salariés, y compris les saisonniers.

  • En termes de protection sociale, vos salariés sont affiliés au régime général de la Sécurité sociale du fait du contrat qui les lie à votre entreprise. Ils sont couverts pour le remboursement de soins médicaux, et bénéficient d’indemnités journalières, sous conditions, en cas d’arrêt de travail pour maladie, maternité ou accident du travail.
    Ils peuvent en outre bénéficier de la protection sociale liée aux assurances collectives obligatoires (complémentaire santé, prévoyance) souscrites par votre entreprise. La souscription d’un contrat collectif de complémentaire santé permet de compléter les remboursements de soins ou d’hospitalisation pendant la durée de leur contrat. Les contrats collectifs de prévoyance prévoient, quant à eux, le versement d’indemnités journalières en cas d’arrêt de travail.
  • Outre la rémunération, l’épargne salariale constitue un moyen efficace d’attirer de nouvelles recrues, de motiver et de fidéliser vos équipes. Boostée par la loi Pacte de 2019(7), elle s’impose aujourd’hui comme un atout RH incontournable, au même titre que la complémentaire santé, la prévoyance, les titres restaurant ou encore les chèques vacances et CESU (chèques emploi service universels).

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Professionnel·le de l’hôtellerie-restauration, vous pouvez compter sur Groupama pour vous accompagner, vous et vos équipes, au quotidien. Retrouvez l’ensemble de nos contrats d’assurance dans votre espace client ou contactez votre conseiller Groupama pour vous aider à choisir la ou les solutions les plus adaptées pour protéger vos salariés et votre activité.

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Mentions légales et informatives

Pour les conditions et les limites des garanties et des services mentionnés, se reporter aux contrats d’assurance ou se renseigner auprès de votre conseiller Groupama.

(1) Selon les articles L-242-1 et L-136-1-1 du Code de la Sécurité sociale.

(2) Selon l’article 5 de la loi n° 2022-1157 du 16 août 2022 de finances rectificative pour 2022.

(3) Source : https://www.vie-publique.fr/loi/300444-budget-de-letat-2026-projet-de-loi-de-finances-plf-2026

(4) Projet de loi de finances pour 2026 : https://www.legifrance.gouv.fr/dossierlegislatif/JORFDOLE000052390038/

(5) En application de l'article L3244-1 du Code du travail.

(6) En 2026, le SMIC horaire brut est de 12,02 € et le SMIC mensuel brut (35 heures) s’élève à 1 823,03 €. Source : https://www.info.gouv.fr/actualite/le-smic-revalorise-au-1er-janvier-2026

(7) Décret n° 2019-862 du 20 août 2019 portant application des dispositions de la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises en matière d'épargne salariale et d'actionnariat salarié.