Délégation de pouvoirs en entreprise : les clés pour limiter les risques
Dans les entreprises d’une certaine taille, en tant que dirigeant, il peut arriver que vous ne soyez plus en mesure, faute de temps, de gérer personnellement toutes les affaires, courantes ou non, de votre entreprise. La délégation de pouvoirs vous permet de vous décharger de certaines tâches afin de pouvoir vous concentrer sur l’essentiel. Mais attention, pour être valable et limiter les risques de mise en cause de votre responsabilité personnelle en cas de faute ou d’infraction en lien avec le domaine de compétences déléguées, cette délégation doit répondre à des conditions strictes.
- Délégation de pouvoirs : définition et enjeux
- Délégation de pouvoirs, délégation de signature et mandat : quelles différences ?
- Délégation de pouvoirs : quelles conditions respecter ?
- Quels sont les domaines d’application les plus fréquents de la délégation de pouvoirs ?
- Comment formaliser votre délégation de pouvoirs ?
- Quels sont les effets et limites de la délégation de pouvoirs ?
- L’importance d’une couverture assurantielle adaptée
Délégation de pouvoirs : définition et enjeux
En tant que dirigeant, vous êtes responsable de l’ensemble des activités de votre entreprise. Mais la loi et la jurisprudence reconnaissent que vous ne pouvez pas tout gérer seul.
La délégation de pouvoirs est un mécanisme juridique vous permettant d’organiser la répartition des responsabilités au sein de votre entreprise. Concrètement, c’est l’acte par lequel vous transférez à un collaborateur, appelé délégataire ou fondé de pouvoir, le pouvoir de décider et d’agir en votre nom et pour le compte de votre entreprise, dans un périmètre défini (sécurité, conformité, cybersécurité, etc.). Représentant votre entreprise dans les limites des prérogatives que vous lui avez confiées, ce collaborateur assume alors la responsabilité des décisions et des actions engagées dans le cadre de sa mission.
Ce transfert n’est toutefois pas absolu : vous ne pouvez lui déléguer l’ensemble de vos pouvoirs. Pour être valide, la délégation doit respecter des conditions strictes, sous peine de vous exposer à des sanctions civiles, pénales ou fiscales.
Pourquoi déléguer une partie de vos pouvoirs ?
Bien qu’en principe non obligatoire, la délégation de pouvoirs est fortement recommandée aux chefs d’entreprise d’une certaine taille. Elle présente un double intérêt : elle améliore l’efficacité de la gestion de l’entreprise en rapprochant le pouvoir de décision du terrain, et permet, dans une certaine mesure, de limiter la responsabilité du dirigeant délégant.
Ce mécanisme peut ainsi vous offrir une protection essentielle face aux risques inhérents à la complexité réglementaire actuelle. Compte tenu de la multiplication des lois et règlements, en constante évolution, vous ne pouvez à vous seul contrôler l’ensemble de la réglementation applicable à votre activité. La délégation de pouvoirs permet de vous exonérer, sous conditions, de votre responsabilité pour les infractions commises qui relèvent du domaine de compétences délégué.
Pour être juridiquement efficace, sa mise en œuvre nécessite le respect de conditions strictes et une formalisation rigoureuse. Un accident du travail, une infraction environnementale, une faille de cybersécurité… et c’est votre responsabilité personnelle qui pourrait être mise en cause.
Délégation de pouvoirs, délégation de signature et mandat : quelles différences ?
Dans la pratique, la confusion entre délégation de pouvoirs, délégation de signature et mandat est fréquente. Pourtant, cette distinction est déterminante : elle conditionne directement votre exposition en cas de faute ou d’erreur.
La délégation de pouvoirs
La délégation de pouvoirs est la seule à opérer un véritable transfert d’autorité décisionnelle. En confiant à un délégataire la capacité d’agir en votre nom dans un domaine précis et de représenter votre entreprise (la personne morale), vous lui transférez également, sous certaines conditions, la responsabilité attachée à ces décisions sur le plan pénal.
La délégation de signature
La délégation de signature obéit à une logique différente. Elle permet à un collaborateur de signer certains actes au nom de votre société, comme des contrats, des chèques bancaires ou des documents administratifs. Mais elle ne lui confère pas un pouvoir de décision autonome. Et surtout, elle ne vous exonère en rien de votre responsabilité : vous restez pleinement engagé, même si vous n’êtes pas le signataire.
Le mandat civil
Le mandat civil, quant à lui, repose sur un accord contractuel de représentation. Le mandataire agit en votre nom et pour votre compte, sans que vous ne soyez, en tant que mandant, dessaisi de vos pouvoirs ou de votre responsabilité pénale.
Autrement dit, ces dispositifs ne poursuivent pas le même objectif. Là où la délégation de pouvoirs organise un véritable transfert de responsabilités dans une logique de gouvernance, la délégation de signature et le mandat relèvent davantage de la facilitation opérationnelle.
Délégation de pouvoirs : quelles conditions respecter ?
La délégation de pouvoirs trouve son fondement dans l’impossibilité matérielle, pour un dirigeant d’une TPE/PME, de contrôler personnellement tous les aspects de l’activité de son entreprise ou de superviser seul l’ensemble des réglementations applicables.Elle se justifie également par la nécessité d'impliquer et de responsabiliser des collaborateurs, le plus souvent des cadres, dans les processus décisionnels.
Si la jurisprudence n’impose pas de formalisme spécifique en matière de délégation, elle en encadre néanmoins strictement les conditions de validité, qui nécessitent le respect cumulatif de plusieurs règles.
Une sélection rigoureuse du ou des délégataire(s)
Le choix du délégataire est stratégique. Pour que la délégation soit opposable, le délégataire doit être qualifié, c’est-à-dire être un salarié de l’entreprise placé sous votre direction et pourvu de la compétence, de l’autorité et des moyens nécessaires pour agir dans le respect de la réglementation(1).
- Des compétences adaptées au domaine délégué
Le délégataire doit disposer des connaissances techniques et des aptitudes professionnelles nécessaires pour exercer les pouvoirs qui lui sont confiés et faire appliquer la réglementation dans le domaine délégué(2). Ces compétences peuvent résulter de son expérience professionnelle, de sa formation, de son ancienneté ou de qualifications spécifiques. - Une autorité reconnue et effective
Le délégataire doit également bénéficier du pouvoir hiérarchique pour faire respecter ses décisions. Il doit ainsi pouvoir donner des ordres et s’assurer de leur exécution, en toute autonomie(3). Une ingérence excessive de votre part peut entraîner l'invalidité de la délégation. Privé d’une partie essentielle de ses prérogatives et empêché de mener à bien ses missions, le délégataire peut également prendre acte de la rupture de son contrat de travail à vos torts(4). - Des moyens proportionnés à la mission déléguée
Le délégataire doit de plus être doté des ressources fonctionnelles nécessaires (humaines, techniques, matérielles et financières) pour mener pleinement sa mission. Ces moyens peuvent concerner le budget, le personnel, les équipements, ou les outils de contrôle. À défaut, l’efficacité de la délégation et votre responsabilité peuvent être compromises.
À savoir
Il convient de vérifier les statuts de votre société, qui peuvent encadrer, limiter, voire interdire le recours à la délégation de pouvoirs, ou en fixer les conditions.
Une étendue encadrée et limitée
En tant que dirigeant, vous ne pouvez pas déléguer l’intégralité de vos pouvoirs : une délégation de pouvoirs ne peut être ni générale ni illimitée(5). Elle doit au contraire s’inscrire dans un cadre précis.
La délégation de pouvoirs doit porter sur un secteur déterminé, des fonctions clairement identifiées ou des missions spécifiques, et ne peut en aucun cas conduire à un abandon total de vos responsabilités. Vous restez, en toutes circonstances, garant de l’organisation globale de votre entreprise.
Dans la pratique, la délégation peut couvrir un ensemble de missions impliquant la réalisation d’opérations successives, qu’elles soient de même nature ou non. Elle peut également être limitée à une opération ponctuelle, dès lors que son périmètre est clairement défini. Ces exigences conditionnent directement la validité de la délégation. Une délégation trop large ou insuffisamment encadrée pourra être remise en cause, avec pour conséquence un maintien de votre responsabilité.
À savoir
Une délégation ne peut pas être mise en place a posteriori dans le seul objectif d’échapper à une responsabilité pénale.
Une durée encadrée dans le temps
Qu’elle soit prévue pour une durée déterminée ou indéterminée, la délégation de pouvoirs s’inscrit nécessairement dans un cadre et ne peut être conçue comme un transfert définitif de vos prérogatives(6).
En tant que dirigeant, vous conservez la possibilité de mettre fin à cette délégation à tout moment, notamment en cas de changement d’organisation, de perte de confiance ou d’évolution des missions du délégataire.
En revanche, la délégation ne disparaît pas automatiquement avec la cessation de vos fonctions. Elle peut continuer à produire ses effets, même en cas de démission, de révocation ou de décès, tant qu’elle n’a pas été expressément remise en cause ou adaptée à la nouvelle organisation(7).
Quid de la codélégation et de la subdélégation ?
La question de savoir s’il est possible de confier une même délégation à plusieurs personnes, ou d’autoriser un délégataire à déléguer à son tour, se pose fréquemment.
En principe, pour un même périmètre ou secteur, les pouvoirs ne peuvent être délégués qu’à une seule personne. Cette exigence vise à garantir une autorité claire et une responsabilité identifiée. Confier des pouvoirs identiques à plusieurs personnes supprimerait, de fait, l’autorité et l’autonomie exigée de chaque délégataire.
Toutefois, lorsque les pouvoirs peuvent être répartis de manière distincte, la codélégation devient envisageable. Dans ce cas, chaque délégataire intervient sur un périmètre précisément défini, sans chevauchement ni ambiguïté. Cette organisation ne restreint pas l’autorité des délégataires et n’entrave pas leurs initiatives, ce qui permet d’adapter la délégation à la complexité de l’activité.
La subdélégation, quant à elle, obéit à une logique différente. Elle correspond à la possibilité, pour un délégataire, de transférer une partie des pouvoirs qui lui ont été confiés à un collaborateur placé sous son autorité. Ce mécanisme est admis, à condition de respecter les mêmes exigences que la délégation initiale. En pratique, une subdélégation en chaîne est possible, tant que chaque sous-délégataire respecte ces critères.
Cette organisation permet de structurer efficacement les responsabilités au plus près du terrain. Afin de sécuriser la délégation, le premier délégant doit en principe obtenir votre autorisation.
Quels sont les domaines d’application les plus fréquents de la délégation de pouvoirs ?
La délégation de pouvoirs s’exerce le plus souvent dans des domaines où la réglementation est complexe et les risques élevés. Concentrant à la fois des enjeux humains, juridiques et financiers, ces domaines sont particulièrement sensibles, car ils peuvent directement engager votre responsabilité en tant que dirigeant.
La sécurité et la santé au travail
La sécurité au travail est l’un des champs privilégiés de la délégation de pouvoirs. Dans certaines configurations, cette dernière devient même indispensable pour permettre le respect des obligations légales. Le Code du travail(8) vous impose d’assurer la sécurité de vos salariés : vous devez, en tant qu’employeur, mettre en œuvre les moyens nécessaires pour préserver l’intégrité physique et mentale des salariés confrontés à des risques professionnels.
Dans ce cadre, la délégation de pouvoirs permet de transférer vos responsabilités, sous conditions, vers les responsables opérationnels qui maîtrisent les risques spécifiques de votre activité, le plus souvent des responsables HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement). Cela peut concerner l’application des règles d’hygiène et de sécurité, la formation du personnel ou encore la maintenance des équipements.
L’environnement et la conformité réglementaire
L’environnement, la qualité et la conformité des produits sont d’autres domaines fréquents de délégation de pouvoirs, compte tenu de la complexité de la réglementation et de la spécificité des risques.
En matière d’environnement, cette délégation peut concerner le respect des autorisations, la gestion des déchets ou la prévention de pollutions. Dans le domaine de la conformité réglementaire, elle peut porter sur le respect des normes, les contrôles qualité ou encore la traçabilité des produits.
Il est préconisé dans ce cadre de déléguer vos pouvoirs à un responsable QSE (Qualité, Sécurité, Environnement), en exigeant une traçabilité rigoureuse des actions menées.
Les ressources humaines
Dans le champ social, le délégataire peut être amené à piloter des sujets à forts enjeux, tels que le respect des obligations employeur, la gestion des fins de carrièreou encore l’application de la convention collective. Ces missions nécessitent une fine maîtrise du Code du travail, des droits des salariés et des mécanismes d’indemnisation. Une erreur peut rapidement entraîner des litiges prud’homaux ou la constitution d’un passif social significatif.
La délégation permet d’organiser la gestion de vos engagements sociaux et d’anticiper les charges futures, notamment celles liées à la gestion globale de vos effectifs. En apportant une meilleure visibilité, elle contribue à renforcer la maîtrise de vos équilibres sociaux et financiers.
La protection des données (RGPD) et la cybersécurité
Avec la transformation numérique des entreprises, la protection des données personnelles, renforcée par le RGPD, et la cybersécurité sont devenus des enjeux majeurs de gouvernance. Elles constituent un terrain de plus en plus fréquent pour la délégation de pouvoirs.
Cette évolution s’explique par la nature même des risques. Une cyberattaque ne se limite plus à un simple incident technique : elle peut révéler des failles dans votre organisation interne et engager directement votre responsabilité(9). L’absence d’une organisation structurée et rigoureuse en matière de cybersécurité peut ainsi être interprétée comme une faute de gestion.
La jurisprudence le confirme. Dans une affaire récente(10), un site e-commerce a été infiltré pendant plusieurs mois, entraînant un vol massif de données bancaires. Malgré une délégation formelle, les dirigeants ont été tenus responsables en raison de défaillances dans la gestion du risque : absence de mise en place d’audits réguliers, de formation des équipes… Ils ont été condamnés pour faute de surveillance et contraints de verser une amende record. Cette décision rappelle que la délégation de pouvoirs n’est efficace que si elle est réelle, structurée et accompagnée de moyens proportionnés aux risques.
À savoir
Pour protéger votre entreprise des risques cyber, il convient de sécuriser votre délégation en cybersécurité, en nommant un expert certifié ; en prévoyant un budget dédié aux audits, outils et formations ; en exigeant des rapports d’activité mensuels et des tests d’intrusion annuels. Les nouvelles réglementations européennes (NIS 2, Cyber Resilience Act) imposent désormais aux entreprises de documenter leurs délégations de pouvoirs en cybersécurité et de prouver leur effectivité en cas de contrôle ou de litige.
Comment formaliser votre délégation de pouvoirs ?
Une délégation de pouvoirs n’a de valeur que si elle est démontrée, comprise et strictement appliquée. Sa formalisation par écrit constitue une exigence pratique essentielle : elle facilite la preuve de la délégation en cas de contentieux.
Cette formalisation permet de préciser l’étendue des pouvoirs délégués, les éventuelles conditions, et les obligations du délégataire(11).
Rédiger un acte détaillé et sans ambiguïté
La délégation doit prendre la forme d’un acte formel, distinct du contrat de travail. Le contenu de l’acte de délégation doit être précis et exhaustif afin d’éviter les ambiguïtés et ne laisser aucune place à l’interprétation. Il doit mentionner clairement :
- l’identité du délégant et du délégataire (nom, fonction, service) ;
- l’objet de la délégation ;
- l’étendue exacte des pouvoirs transférés (domaines, limites, exclusions) ;
- la durée de la délégation (permanente, temporaire, renouvelable) ;
- les moyens mis à disposition (budget, équipe(s), outils…) ;
- les obligations de reporting et des mécanismes de contrôle (fréquence, forme, destinataires).
La définition de l’objet de la délégation nécessite une attention particulière car elle détermine l’étendue du transfert de responsabilité. Cette définition peut être fonctionnelle (délégation pour une activité spécifique), géographique (délégation pour un site), ou thématique (délégation pour un domaine réglementaire). Elle doit être cohérente avec l’organisation de votre entreprise.
Les pouvoirs délégués doivent être définis de manière précise et limitative pour éviter tout débordement. Ces pouvoirs peuvent concerner la prise de décision, l’engagement de l’entreprise, ou le contrôle des équipes. Ils doivent être proportionnés aux responsabilités transférées et cohérents avec l’autorité du délégataire.
Obtenir l’accord du délégataire
L’acceptation du délégataire est essentielle. Elle permet d’éviter toute contestation éventuelle et garantit que celui-ci a pleinement conscience du contenu de la délégation (nature des pouvoirs transférés, objet et étendue de la mission, réglementation applicable, etc.), de ses obligations et des responsabilités qu’il assume (notamment la responsabilité pénale encourue en cas de manquement).
Le plus souvent formalisée, cette acceptation peut toutefois résulter implicitement du comportement et des seules fonctions du salarié(12).
Communiquer en interne
À défaut d’être obligatoire, la délégation doit être portée à la connaissance de tous les collaborateurs concernés. Pour ce faire, vous pouvez afficher une note de service, diffuser l’information sur votre site Intranet et/ou en informer les représentants du personnel.
Effectuer des révisions périodiques
Votre entreprise évolue, votre organisation aussi. Une croissance, une transformation ou une évolution réglementaire peuvent rendre une délégation obsolète.
Une fois la délégation mise en place, elle doit être suivie dans le temps pour rester efficace. Une adaptation des pouvoirs, un changement de fonction, une modification de l’organisation ou des moyens peuvent rendre la délégation inadaptée, voire caduque. Un changement de direction peut ainsi remettre en cause les délégations existantes si elles ne sont pas actualisées(13).
À savoir
Généralement, la délégation survit au départ du dirigeant(7), mais des précautions sont nécessaires en cas de transformations ou de fusions d'entreprises(14).
Quels sont les effets et limites de la délégation de pouvoirs ?
Les délégataires peuvent engager l’entreprise vis-à-vis de tiers, dans la limite des pouvoirs que vous lui avez confiés.
Les statuts encadrent la délégation de pouvoirs. Ils peuvent notamment la subordonner à certaines conditions (par exemple l’autorisation des associés ou d’un organe social) ou limiter son octroi à certaines personnes.
Dans tous les cas, les délégations de pouvoirs sont exécutées sous votre autorité. En d’autres termes, même si vous déléguez certains de vos pouvoirs, vous restez responsable de la manière dont cette délégation est mise en place et exercée. Un mauvais choix de délégataire, une définition imprécise de ses missions, un manque de suivi ou de surveillance peuvent engager votre responsabilité.
Un transfert de la responsabilité pénale
Sous certaines conditions strictes, la délégation de pouvoirs peut vous exonérer de votre responsabilité pénale pour les infractions relevant du périmètre délégué. Vous devez dans ce cas apporter la preuve que vous avez délégué vos pouvoirs à une personne possédant les compétences, l’autorité et les moyens nécessaires avant la réalisation de l’infraction(15). Le délégataire sera alors tenu pour responsable des faits répréhensibles.
Il peut s’agir, selon les cas, d’infractions :
- à la réglementation du travail : hygiène et sécurité sur le lieu de travail, durée du travail, embauche illégale de travailleurs étrangers, etc. ;
- au droit des affaires : publicité trompeuse, revente à perte, ententes, délit d’initié, contrefaçon… ;
- à la législation fiscale (essentiellement le délit de fraude fiscale) ou douanière.
Cette exonération ne s'applique pas en cas de participation personnelle à l'infraction(16) ou de faute distincte de celle commise par le délégataire(17).
Un maintien des responsabilités civile et fiscale
La délégation de pouvoirs ne vous décharge pas de votre responsabilité civile ni de celle de votre entreprise(18). Les actes accomplis par vos délégataires peuvent toujours engager votre responsabilité.
En matière fiscale, une exonération de responsabilité est possible à certaines conditions(19), mais demeure rare.
En résumé, déléguer ne signifie pas vous désengager : votre responsabilité ne disparaît jamais totalement. La délégation de pouvoirs allège votre charge, mais ne vous exonère pas de votre devoir de vigilance. Même en présence d’une délégation valide, les tribunaux rappellent que le dirigeant reste garant de l’organisation globale de l’entreprise et du choix du délégataire.
L’importance d’une couverture assurantielle adaptée
Même avec une délégation parfaitement organisée, le risque zéro n’existe pas. Une faute de gestion, un manquement à une obligation réglementaire, un imprévu ou un simple oubli… et vous ou votre délégataire pourriez être mis en cause.
L’assurance Responsabilité des Dirigeants (RDD) : une protection indispensable face aux conséquences financières
Dans un environnement juridique complexe, en tant que dirigeant, nombreuses sont les situations pouvant engager votre responsabilité sur le fondement d’une faute, qu’elle soit réelle ou alléguée. Ces situations peuvent induire des frais de défense et entraîner des dommages et intérêts significatifs, notamment en cas de procédure civile, pénale ou administrative(20). Au risque de menacer votre patrimoine personnel.
Face à ces risques, l’assurance responsabilité civile des dirigeants (RDD) permet de couvrir les conséquences financières liées à une mise en cause personnelle. Elle prend notamment en charge les frais de défense au civil, au pénal et devant les juridictions administratives, les dommages et intérêts au civil en cas de condamnation, ce qui permet de protéger votre patrimoine personnel.
Une couverture étendue aux délégataires
Les contrats d’assurance RDD ont évolué et intègrent désormais en inclusion des garanties étendues aux délégataires exerçant des responsabilités de direction au sein de l’entreprise, dès lors que la délégation est formalisée et que le délégataire agit dans le cadre de la mission déléguée.
Il convient d’assurer un suivi de l’adéquation des délégations de pouvoirs dans le temps afin de prendre en compte les évolutions de l’environnement législatif ainsi que celle de votre entreprise.
Assuré Groupama
Protéger votre patrimoine personnel et celui de vos délégataires, c’est possible. Qu’il s’agisse d’une faute réelle ou alléguée, en cas de mise en cause de votre responsabilité personnelle, notre contrat d’assurance RDD couvre vos frais de défense au civil, au pénal et devant les juridictions administratives. En complément des frais de défense, les éventuels dommages et intérêts mis à votre charge dans le cadre d’une décision de justice sont également couverts(20).

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Mentions légales et informatives
Pour les conditions et les limites des garanties et des services mentionnés, se reporter aux contrats d’assurance ou se renseigner auprès de votre conseiller Groupama.
(1) Selon la jurisprudence : Cour de Cassation, Chambre criminelle, du 17 juin 1997, 95-83.010 ; Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 23 septembre 2009, 07-44.200.
(2) Selon la jurisprudence : Cour de Cassation, Chambre criminelle, 8 décembre 2009, 09-82.183.
(3) Selon la jurisprudence : Cour de Cassation, Chambre sociale, du 21 novembre 2000, 98-45.420.
(4) Selon la jurisprudence : Cour de Cassation, civile, Chambre sociale, 1 décembre 2021, 20-16.851.
(5) Arrêt de la Cour de cassation, chambre commerciale, 11 juin 1965, « Gazette du Palais », 1965, II, page 322.
(6) Selon la jurisprudence : Cour de Cassation, civile, Chambre commerciale, 17 janvier 2012, 10-24.811.
(7) Selon la jurisprudence : Cour de Cassation, Chambre commerciale, du 15 mars 2005, 03-13.032.
(8) Art L. 4121-1 du Code du travail.
(9) D’après le Cyber Resilience Act et la directive NIS 2 de 2026.
(10) Arrêt du 5 mars 2026 rendu par la cour d’appel de Paris, n°22/06832.
(11) Selon la jurisprudence : Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 2 mars 2011, 08-45.422.
(12) Selon la jurisprudence : Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 2 mars 2011, 09-67.237.
(13) Selon la jurisprudence : Cour de cassation, criminelle, Chambre criminelle, 20 juillet 2011, 10-87.348.
(14) Selon la jurisprudence : Cour de cassation, Chambre criminelle, du 3 janvier 1986, 85-91.905.
(15) Selon la jurisprudence : Cour de Cassation, Chambre criminelle, du 11 mars 1993, 91-80.958.
(16) Selon la jurisprudence : Cour de Cassation, Chambre criminelle, du 20 mai 2003, 02-84.307.
(17) Selon la jurisprudence : Cour de cassation, criminelle, Chambre criminelle, 8 septembre 2015, 14-83.053.
(18) Selon le Code civil, art. 1242.
(19) Selon la jurisprudence : Cour de cassation, Chambre commerciale, du 19 novembre 1991, 90-10.725.
(20) Les sanctions pécuniaires, qu’elles soient civiles, administratives ou pénales, ne sont pas assurables.